L'ARCHÉOLOGIE SUBAQUATIQUE
Le début des fouilles dans le Rhône
À la fin des années 1980, la carte archéologique du Rhône effectuée par le Drassm/Ministère de la Culture révèle la présence de riches gisements archéologiques constitués par l’enchevêtrement de dizaines de milliers d’amphores et de céramiques. Dans l’Antiquité romaine, les amphores étaient conçues en effet uniquement pour résister au transport maritime. Une fois leur destination atteinte, leur contenu était transvasé dans des contenants plus petits pour en faciliter la diffusion. Ces lourdes céramiques devenaient alors aussi inutiles qu’encombrantes. Si des exemples de recyclage sont avérés, la grande majorité d’entre elles étaient jetées à l’arrivée. Les archéologues parlent alors de zone de rupture de charge.
À cette accumulation d’amphores trouvées dans le Rhône, s’ajoutent des centaines de milliers d’objets liés aux activités portuaires (éléments d’accastillage, vaisselle de bord, vases marchandises etc.) et à la proximité de la ville d’Arles (rejets de faune, enduits peints, tuiles etc.).
Au sein de ces différents gisements, plusieurs épaves antiques datées du Ier au IVe siècle de notre ère ont été découvertes, essentiellement sur la rive droite du fleuve. Elles sont appelées Arles-Rhône 1, Arles-Rhône 2… Les archéologues situent ainsi le port fluviomaritime de la cité à l’époque romaine au niveau de l’actuel quartier de Trinquetaille.
Arles-Rhône 3, du fleuve au musée
Dès les premières opérations archéologiques dans le Rhône, le musée départemental Arles antique prend en charge la conservation et la restauration de la totalité des découvertes – qui appartiennent à l’État - dont une grande partie est aujourd’hui mise en valeur au sein des collections permanentes.
De 2007 à 2010, la fouille programmée du chaland Arles-Rhône 3 sous la direction de Sabrina Marlier (CCJ/CNRS), Sandra Greck (association Arkaeos) et David Djaoui (MDAA) aboutit à un projet ambitieux et unique, porté par le Département des Bouches-du-Rhône, en accord avec le ministère de la Culture : renflouer cette épave et agrandir le musée pour la recevoir, ainsi que quelques 500 objets en lien avec le port fluviomaritime d’Arles à l’époque romaine. Ce projet a été réalisé entre 2011 et 2013, dans le cadre de la programmation Marseille-Provence, capitale européenne de la Culture en 2013. L’opération de fouille et relevage a été dirigée scientifiquement par Sabrina Marlier (MDAA), en co-direction avec David Djaoui (MDAA), Mourad El Amouri et Sandra Greck (Ipso Facto) tandis que la direction logistique était assurée par Benoît Poinard (O’Can).
On the Rhône again
Depuis 2023, après une longue période d’études et de publications – toujours en cours – de la très riche documentation amassée lors de la fouille du dépotoir AR3, l’équipe est enfin retournée dans le Rhône. L’objectif scientifique de cette mission était de faire le constat d’état et l’expertise d’épaves repérées lors de missions antérieures. Ces épaves correspondent à des types de bateaux différents (chalands, allèges, navire maritime, et barque) et offrent la possibilité d’étudier un corpus unique en lien avec cet espace de navigation particulier qu’est le delta du Rhône.
En 2025, plusieurs opérations archéologiques ont eu lieu dans le cadre d’une même mission :
🔷 La petite barque romaine Arles-Rhône 15 a été intégralement fouillée sous la direction de Pierre Poveda (CNRS/CCJ).
🔷 L’allège Arles-Rhône 7 a fait l’objet d’une première campagne de fouille programmée sous la direction de Sabrina Marlier (MDAA).
🔷 En parallèle de la fouille de ces épaves, des prospections-sondages ont été conduits au sein des dépotoirs portuaires sous la direction de David Djaoui (MDAA), en co-direction avec Alex Sabastia (Inrap). C’est dans le cadre de cette opération qu’un lot de près de 900 monnaies a été trouvée au-dessus de l’épave AR7.
Ces opérations se sont déroulées avec la collaboration du Drassm et du Musée National de la Marine.
Elles s’inscrivent dans un projet collectif de recherches tri-annuel qui réunit une vingtaine de chercheurs pour une meilleure connaissance du port antique de la ville d’Arles.